Les salaires

Les salaires les plus gros prennent l’ascenseur

Le pour-cent le mieux payé de tous les travailleurs et travailleuses – les salaires les plus gros – reçoit une part de gâteau qui va s’agrandissant. Si cette part représentait encore 5,9 % des salaires versés en Suisse en 1997, elle est aujourd’hui déjà de 9,4 %, soit une croissance de 61 %. La fourchette salariale s’élargit énormément au profit des 40 000 personnes les mieux payées. Quant aux autres, celles et ceux qui n’appartiennent pas à cette catégorie, ce sont les dindons de la farce.

Toujours plus de salarié(e)s millionnaires

L’augmentation du nombre de personnes gagnant plus d’un demi-million et de celles ga-gnant plus d’un million par an est considérable. Depuis 1997, ce nombre a en effet plus que quadruplé, passant de 510 à 2824. Le problème des « profiteurs » n’est donc pas une ques-tion de cas individuels extrêmes, comme celui de M. Vasella ou d’autres. De fait, on dé-nombre désormais des milliers de petits Vasella qui ont augmenté leur salaire au détriment de celui des autres employé(e)s.

Fourchette salariale : des écarts toujours plus vertigineux

Que la fourchette salariale s’élargisse n’est pas nouveau. Entre 1994 et 2000, les bas, les moyens et les hauts salaires augmentaient encore à un même rythme. Mais depuis 2000, la fourchette salariale s’élargit dans une mesure toujours plus vertigineuse. Depuis cette date et jusqu’en 2008, les salaires élevés (corrigés de l’inflation) ont en effet augmenté de plus de 10 %, alors que la hausse des bas et moyens salaires n’a été que de 3 % environ-
Pendant la même période, la croissance de la productivité (soit : combien une personne a produit en moyenne de plus dans un laps de temps donné) a été de 10.1 %. Ce sont donc uniquement les bénéficiaires de hauts et très hauts revenus qui ont profité de cette plus grande efficience, les bas et moyens revenus se situant clairement au-dessous de ce seuil de 10.1 %. Ces derniers sont par conséquent les perdants de la croissance économique de la dernière décennie.

Comment expliquer cette évolution ?

Une analyse de l’évolution des salaires dans les diverses branches économiques montre que la fourchette salariale dépend de l’application d’une politique salariale individualisée, en particulier du versement de bonus. En effet, cette fourchette s’est le plus fortement élargie dans les branches où les bonus ont le plus gagné en importance. À l’inverse, là où existent des conventions collectives de travail (CCT) de qualité et où l’on applique une politique active en matière de salaires minimums, il a été possible d’empêcher que les hauts salaires ne s’envolent par rapport aux bas et aux moyens. Dans le commerce de détail et dans l’hôtellerie-restauration, on est même parvenu à réduire les écarts entre les salaires les plus élevés et les plus bas.